La République française repose sur une promesse simple : l’égalité de tous devant la loi.
Pourtant, cette promesse semble parfois s’éloigner de la réalité vécue par de nombreux jeunes issus des quartiers populaires.
Le rapport publié le 17 juin 2026 par Human Rights Watch, (RE)Claim et la Maison communautaire pour un développement solidaire met en lumière une situation préoccupante : l’accumulation d’amendes visant principalement des adolescents et jeunes adultes noirs ou arabes dans certains territoires urbains. Les auteurs du rapport parlent d’un véritable mécanisme de « harcèlement policier » pouvant conduire à des situations de surendettement dès le plus jeune âge.
Au-delà du débat politique, une question fondamentale se pose : comment préserver l’autorité de la loi sans créer le sentiment que celle-ci s’applique différemment selon l’origine sociale, l’apparence physique ou le lieu d’habitation ?
Les chiffres disponibles méritent notre attention.
Selon les données publiées par le Défenseur des droits en 2025, 26 % des personnes interrogées déclarent avoir subi un contrôle d’identité au cours des cinq dernières années, contre 16 % en 2016. Plus inquiétant encore, 52 % des personnes contrôlées affirment n’avoir reçu aucune explication sur les raisons du contrôle.
Les écarts sont encore plus marqués lorsque l’on examine les discriminations liées à l’origine réelle ou supposée.
Les enquêtes du Défenseur des droits montrent que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes sont exposés à un risque nettement supérieur de contrôle. Les données les plus récentes indiquent qu’ils demeurent environ quatre fois plus susceptibles d’être contrôlés que le reste de la population.
Cette réalité n’est plus seulement dénoncée par les associations. Elle est désormais reconnue par plusieurs institutions publiques françaises et européennes.
En juin 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour un contrôle d’identité discriminatoire, une première historique. La Cour a considéré qu’un citoyen avait été ciblé en raison de son apparence et avait subi une discrimination contraire aux principes fondamentaux de la Convention européenne des droits de l’homme.
Par ailleurs, la Cour des comptes a estimé qu’environ 47 millions de contrôles d’identité avaient été réalisés en France en 2021. Pourtant, il n’existe toujours aucun système complet de traçabilité permettant de mesurer précisément qui est contrôlé, à quelle fréquence et pour quels motifs.
Le problème n’est pas l’existence des contrôles eux-mêmes.
Une société démocratique a besoin de forces de sécurité respectées et efficaces. Les policiers accomplissent une mission difficile et essentielle à la protection de tous.
Le véritable enjeu est celui de l’équité.
Lorsque certains jeunes ont le sentiment d’être contrôlés dix fois plus souvent que d’autres, lorsqu’ils accumulent des amendes pour des infractions mineures jusqu’à atteindre plusieurs milliers d’euros de dettes, lorsqu’ils grandissent avec l’impression d’être considérés comme des suspects permanents, c’est la confiance envers les institutions qui s’érode.
Or aucune politique de sécurité ne peut être durable sans confiance.
La sécurité et les libertés publiques ne sont pas des objectifs contradictoires. Elles doivent avancer ensemble.
C’est pourquoi plusieurs mesures méritent d’être sérieusement examinées :
- renforcer la traçabilité des contrôles d’identité ;
- améliorer la formation des forces de l’ordre à la lutte contre les discriminations ;
- développer les dispositifs de médiation entre police et population ;
- évaluer l’impact social des amendes répétées sur les mineurs et les jeunes majeurs ;
- favoriser davantage le dialogue avec les associations de terrain.
Dans les quartiers populaires, les habitants demandent à la fois plus de sécurité et plus de justice.
Ils ne réclament pas un traitement de faveur.
Ils demandent simplement que la promesse républicaine soit tenue.
L’égalité devant la loi ne doit pas être un principe théorique inscrit dans les textes.
Elle doit être une réalité vécue par chaque citoyen, quel que soit son nom, son origine ou son quartier.
C’est à cette condition que la République restera fidèle à sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité.
Amadou SYLLA
Militant associatif
Delegué General de l’association Sos Casamance